Le Maintien

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Le Maintien

La présentation du corps n’a rien de naturel. Il est le reflet des codes sociaux. Ainsi, aujourd’hui le bourgeois doit se tenir droit, raide, et être mince. Cela traduit qu’il est actif et travailleur. Il ne se laisse pas aller à prendre du poids donc  reste compétitif et employable même la quarantaine passée.

Les codes couleurs de ses costumes varient du noir au gris avec comme note de fantaisie le bleu foncé. Cela renforce sa respectabilité. Après tout, le bourgeois doit faire accroire à son honnêteté s’il veut que le chaland achète sa marchandise (des contrats d’assurance vie, par exemple).

En revanche, la noblesse se tenait la tête en arrière et le buste droit en signe de défi : honi soit qui mal y pense ! Et puis, il y avait une certaine ironie dans cette théâtralisation. Aucune couleur n’était taboue, les plus criantes étant quand même préférées : le noble ne déroge pas par une activité mercantile !

Mais le tableau qui concentre au plus toute la morgue monarchique et aristocratique (le roi est le premier gentilhomme de son royaume) est le portrait de Louis XIV par Rigaud.

La moue méprisante est le fruit de générations de commandement naturel. Le bourgeois s’y essayerait en vain, il aura toujours l’air de sortir de table bien repu.

Il faudrait des pages pour commenter ce tableau : la pose des pieds en danseur étoile ; la pose de la main droite sur le sceptre, à la fois ferme car le roi doit tenir les peuples d’une férule de fer, mais en même temps un peu lâche car le roi est assuré de son pouvoir qu’il tient de Dieu même. Le corps de nos politiciens d’aujourd’hui, dans leurs affiches et dans leurs portraits, est tourné vers la droite car ils regardent vers l’avenir. Celui de Louis XIV est tourné vers la gauche car il est l’héritier de plusieurs siècles de tradition. Il n’est pas là pour conduire le peuple vers un avenir libérateur, mais pour faire obéir ses sujets à la volonté de Dieu dont il est, selon le mot de Bossuet, le lieutenant général sur terre. L’épée en or massif souligne les appuis terrestres de sa puissance.

Enfin, il y a une complémentarité entre d’une part, son physique athlétique et d’autre part, la lourdeur de son costume de sacre et du décor. Le roi est très à son aise dans cet écrin qui écrase ses sujets. Il est libre de l’ordre social qu’il domine et dont il est l’intermédiaire auprès de dieu !

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