Les prix littéraires

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Les prix littéraires

Chaque rentrée automnale les prix littéraires sont attendus avec fébrilité par les auteurs, les maisons d’édition et les lecteurs qui veulent être éclairés dans le foisonnement de livres nouveaux qui paraissent justement à cette époque de l’année.

Ces prix sont une spécificité française, qui scandent notre année comme le beaujolais nouveau ou le tour de France cycliste !

Et quelle pluie de prix : Goncourt, Femina, Renaudot, Médicis, Interallié, Grand Prix du Roman de l’Académie française. Sans compter les prix du public et des médias : Prix du Livre Inter, Grand Prix des Lectrices de Elle, Prix des Libraires et Goncourt des Lycéens.

Cet embouteillage de prix dévoile le besoin d’institutionnalisation des lettres en France et la difficulté, en sens inverse, de trouver une autorité suffisante de légitimation de l’excellence littéraire.

Il est vrai que l’Académie française a superbement ignoré des romanciers majeurs comme Balzac et Zola. Elle a aussi interdit le séjour de la patrie des lettres aux femmes (suivie par les autres prix à leur création au 20ème siècle, d’où le prix Femina). Il a fallu attendre 1980 pour voir la première femme accueillie sous la coupole. Et Marguerite Yourcenar a dû essuyer des propos déplacés dont les auteurs ne lui arrivaient pas à la plante des pieds !

Chaque nouveau prix a été créé pour suppléer aux insuffisances des précédents. Ainsi, les prix Renaudot et Interallié ont été lancés par des journalistes qui tuaient l’ennui dans l’attente des résultats du Goncourt et du Femina.

Depuis le sceptre de la reconnaissance littéraire est tombé des mains du roi (protecteur de l’Académie française) à celles des pairs (les prix sont délivrés par d’autres écrivains), pour finir dans les mains du marché. Combien de livres utilisent comme argument de vente « déjà vendu à 100 000 exemplaires » !!!

Les enjeux économiques sont très importants autour de ces prix qui marquent des combats subtils entre maison d’édition.

Le talent littéraire est rarement au rendez-vous. Mais a-t-il à s’y trouver ? Peut-il quémander un prix pour avoir des lecteurs ? « Mon livre a beaucoup plu, c’est donc qu’il n’a pas été lu », s’exclama Oscar Wilde quand on lui annonça qu’il avait réalisé d’énormes ventes.

Les magazines, chaque année, y vont de leur dénonciation des manœuvres autour des délibérations. Mais il n’y a là aucun scandale. La majorité des plumitifs voteront toujours pour l’œuvre la plus accessible à la pluralité, donc un livre médiocre ou incompris !

Hervé BOCO
h.boco@l-estrade.fr