La culture mondialisee ; vers une interconnection des oeuvres ?

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La culture mondialisee ; vers une interconnection des oeuvres ?

Ce texte est à la fois un résumé de l’excellent livre de François Chaubet et Laurent Martin ”Histoires des relations culturelles dans le monde contemporain” mais également un condensé d’une pensée plus personelle quant à l’émergence de cette ”culture monde”.

I- Acteurs privés et sources de cultures

J’ai choisi de commencer cette partie historique en 1851 à l’occasion de la première exposition universelle de Londres. Il est vrai que l’on aurait pu faire commencer une partie revenant sur l’histoire des interconnections entre culture bien avant. La latinisation à marche forcée de l’espace méditerranéen de l’empire romain, l’émergence du christianisme, le coup d’arrêt porté aux grandes invasions pendant le Moyen-Age (Charles Martel 732), l’invention de l’imprimerie en Europe par Gutenberg… sont autant évènement qui aurait pu faire l’objet d’une analyse approfondie quant à leur place dans l’interconnexion des cultures. Si j’ai choisi cette date, c’est qu’au milieu du XIXème siècle s’amorce un mouvement de diffusion de la culture qui n’a pas de précédent, qui n’est plus seulement basé sur la volonté d’un Prince (avec ce qui va avec c’est-à-dire la force militaire) ou de la religion mais de l’émergence d’acteurs autres. Au tournant du XXème siècle, les acteurs individuels qui s’affirment sur la scène culturelle ne sont plus les aristocrates, qui continuent toutefois à exister notamment en ce qui concerne les ballets russes, et la danse en générale (soutenus par l’aristocratie anglaise et française). Après 1914, le relais en pris définitivement à la fois par des nouvelles élites bourgeoises (la « classe de loisir » de Veblen) mais également par ce que l’on pourrait appeler des professionnels de la culture (impresario, journalistes, directeurs de musée, critiques littéraires …) dans des grandes capitales culturelles que sont Sao Paulo, New York, Berlin, Paris, … Même si ce sont toutes des villes de grands pays, par la taille, il ne faut pas oublier non plus des plus petits pays qui bénéficiant pas toujours d’un capital culturel reconnu importe la culture de d’autres pays. C’est le cas notamment des Pays Bas où est traduit 25% de la production mondiale de traduction. D’autres pays, en Amérique du Sud, en Europe centrale, ou même l’Allemagne de 1870 ou le Japon de la fin du XIXème choisissent quant à eux d’importer une culture étrangère pour essayer de combler un retard, qu’il soit technique, artistique, …

Si l’exposition universelle de 1851 évoque la volonté pour les Etats de s’affirmer culturellement sur la scène internationale, il existe d’autres pistes que nous nous devons d’explorer. La première est donc la naissance d’expositions internationales, de festivals et de congrès. A l’image des expositions universelles se tiennent d’autres expositions ; le festival de Bayreuth et de Salzbourg pour la musique (1876 et 1917), la biennale de peinture contemporaine de Venise (crée en 1895), le cinéma avec le festival de Venise en 1932, … La seconde est le développement des galeries d’art connectées les unes avec les autres. A la fin du XIXème siècle, l’ouverture par le marchand d’art Paul Durand Ruel d’une succursale à New York en 1886. Désormais, et après lui, c’est à des entrepreneurs privés que l’on doit une bonne partie de la circulation internationale de la culture. La troisième est le développement des revues spécialisées notamment dans l’entre-deux-guerres, l’Esprit Nouveau, les Cahiers d’art, Verve, Minotaure, L’architecture d’aujourd’hui … Il se crée ainsi un public éclairé dans les endroits les plus éloignés des centres artistiques moteurs de la modernité. Il nous faudrait également citer les premières mobilités estudiantines qui datent des années 1870 (pour un grand nombre, même s’il est vrai que cela existait déjà pendant l’Antiquité ou le Moyen-Âge) ou les premiers accords entre universités qui datent de 1905 entre la France et la Grande-Bretagne concernant l’échange de profs. Nous pourrions aussi évoquer le marché international du livre, des premières foires littéraires notamment celle de Beyrouth en 1956 ou celle du Caire en 1969. On aurait pu parler également des fondations philanthropiques américaines, de Rockfeller ou Carnegie qui ont par le passé encouragé des initiatives scientifiques, permis des échanges d’étudiants ou la mise en place de programmes d’aide en Afrique.

Tadeuz Kantor est un grand artiste metteur en scène polonais qui fait en 1947 un voyage à Paris. Il y rencontre Robert Matta et Antonin Arthaud, qui auront une grande influence sur lui. De retour en Pologne, avec une vision artistique changée, c’est tout un renouveau qui va avoir lieu dans la culture polonaise à travers lui.

Le Corbusier a appris par les voyages.

II- La politique culturelle des Etats

Anecdotique avant la première guerre mondiale, la politique culturelle des Etats se développe au fur et à mesure du XXème siècle. Dans le cas de la France, la mise en place des alliances françaises en 1883 est assez avant-gardiste, puisque c’est véritablement dans l’entre-deux guerres que les Etats vont commencer à essayer de mettre en place une politique culturelle. Ainsi, la France fait ainsi office de pilote puisqu’au début du XXème siècle, elle met en place des institutions, écoles, lycées français le tout géré depuis Paris au quatre coins du monde. Ce modèle français qui se met en place après 1918 sera copiée peu de temps après par les autres puissances européennes puis les USA et l’URSS.

La SDN qui naît en 1920 du traité de Versailles n’avait pas prévu au départ d’organisation d’ordre culturel. La lacune est réparée en septembre 1921 quand se crée une Commission Internationale de la Coopération Intellectuelle, complétée en 1923 par des commissions nationales. Les orientations fixées cherchent à faciliter la coopération intellectuelle, à susciter des enquêtes, à aider les centres culturels audiovisuels, … Mais les entreprises culturelles de la SDN restent finalement limitées à quelques enquêtes et propositions. Créée en 1946, l’UNESCO tentera de corriger ces défauts. Développant un ensemble de projet et de collaborations, organisant des colloques, publiant des périodiques, elle permet de s’affirmer comme un acteur indispensable dans des projets culturels précis. Cependant, il faut nuancer les réussites de l’UNESCO en mettant en avant le fait que cette organisation est constituée d’intellectuels du Nord et très peu du Sud.

La question du Sud, ou des ex-colonies, est une question à laquelle il est difficile de répondre. Le Sud, c’est la figure de l’Orient, de l’autre. Selon Edward Saïd, l’Orient est une construction imaginaire des artistes et des savants occidentaux, élaborée par l’Occident. L’Orient est la réincarnation du mythe du bon sauvage, candide, notamment dans les arts.

Simplement, ce que l’on peut dire est que les pays colonisés possédaient déjà un système éducatif avant leur colonisation, mais que le taux d’alphabétisation s’est considérablement amélioré dans l’entre-deux-guerres. Par exemple en Algérie, le taux d’alphabétisation en 1930 est de 6% et de plus de 15% en 1954.
Ensuite, on ne constate pas partout la même situation, dans le sens où les pays colonisateurs adoptent des attitudes différentes suivant la situation locale. 3 cas ; le modèle républicain assimilateur d’Algérie ou de l’Ecole Normale de Saint Louis au Sénégal, la méfiance d’une élite éduquée (donc éducation minimale), le respect de la culture et des traditions locales (Indochine – Pasquier / Maroc de Lyautey) avec une inégalité des destins scolaires car l’assimilation est considérée comme impossible.
François Chaubet et Laurent Martin résument parfaitement le point de vue des colonisés ; les notables indigènes sont partagés entre la méfiance envers les colonisateurs, qui risque d’ajouter à la dépossession matérielle la dépossession culturelle, en particulier linguistique, et le désir de se doter des armes spirituelles qui leur permettraient de rivaliser avec les colons voire de se retourner contre eux. C’est cette deuxième conception qui va l’emporter.

Il nous faudrait également évoquer le développement des réseaux de communications entre métropoles et colonies, la place du sport dans la diffusion de modèles sociaux, …