Karl Lagerfeld : une touche nobiliaire dans un monde mercantile !

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Karl Lagerfeld : une touche nobiliaire dans un monde mercantile !

German designer Karl Lagerfeld acknowledLe couturier le plus célèbre du monde est sa meilleure création. Une détermination germanique lui a permis de se forger un corps gainé et sanglé dans un uniforme immédiatement reconnaissable : catogan, col haut, mitaines cloutées et lunettes noires (sa « burqa pour homme » selon ses propres mots). Ce seul fait contredit la frivolité de la mode. Ne pas être dans le courant comme le chien crevé au fil de l’eau est d’ailleurs, et en tout domaine, l’obsession de Karl Lagerfeld.

Le politiquement correct permet de ne pas effaroucher le bourgeois et d’écouler sa camelote. Karl Lagerfeld réussit, lui, à être une marque « bancable » et à briser les tabous ! D’abord dans l’affichage de ses égéries masculines (ses promenades en compagnie de sa dernière toquade Baptiste Giabiconi en short ultra-moulant dans les rues de Saint-Tropez sont une provocation pour faire jaser sous les lambris).

Sa présence depuis plus de 20 ans dans les pages des magazines people est un autre pied de nez : quel octogénaire peut se flatter d’y figurer ? Qualifier de vieux toute personne de plus de 30 ans et en faire payer les conséquences (en les jetant hors de la sphère professionnelle de la mode) est, dans son cas, une cruauté délicieuse.

baptiste karlImposer la gourgandine de luxe Zahia dans l’univers de la mode en s’exclamant : « comment croyez-vous que Coco Chanel a commencé ? » est une façon de rappeler à chacun qu’un maintien bourgeois voile souvent un passé inavouable.

Sa misanthropie ne nuit pas à sa carrière car elle s’exprime à la manière des nobles du XVIIIème siècle et non à la manière des dandys du XIXème siècle. Ceux-ci voulaient heurter le bourgeois (et se positionner contre quelqu’un revient à lui reconnaître prise sur soi), les autres affirmaient leur liberté, c’est-à-dire la seule part de l’homme qui vaille. La distance que l’aristocrate impose est celle qui le distingue du vulgaire entièrement esclave des convenances sociales de son temps.

Ses piques, comme ceux des honnêtes hommes de jadis, sont sans réplique. Par exemple quand on lui demande pourquoi est-il créateur de mode, il répond « votre question revient à demander à une pute ce qu’elle fait sur le trottoir ! ». Ce sont définitivement ses traits aristocratiques qui nous font aimer le grand Karl !

Hervé BOCO
h.boco@l-estrade.fr