Mélenchon à l’Elysée ?

Mélenchon à l’Elysée ?

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tourcoing_melenchonJean-Luc Mélenchon président de la république ? Assurément les français n’envisagent ni ne souhaitent une telle issue pour dégradée qu’ils tiennent l’institution présidentielle ! Disons-le même nettement de tous les scénarios possibles de victoire – Fillon, Macron, Le Pen, le gagnant de la primaire socialiste – soutenir avec sérieux l’hypothèse Mélenchon ferait rire à gorge déployée dans les chaumières. Cependant si l’on regarde les sondages, avec toutes les réticences qu’à bon droit ils suscitent, Mélenchon est autour de 15% chiffre critique à partir duquel, le meilleur connaisseur de la logique de la Vème, François Mitterrand, considérait que tout était possible !

Et en effet, Le Mélenchon 2017 a corrigé bien des erreurs du Mélenchon 2012. Premièrement, il cesse de parler depuis un discours théorique même bardés de citations érudites. Il part désormais de la situation concrète des gens comme lors de son « déboulé » de Tourcoing pour appuyer son raisonnement et ses solutions. En second lieu, il apparaît et dans le ton de voix et dans la forme plus apaisé. Le travail du temps l’a réconcilié avec lui-même et délesté de ce surcroît de haine contre les socialistes qui l’ont toujours traité en quantité négligeable.

Enfin, il est le dernier tribun capable de magnifier les luttes passées et présentes des classes laborieuses, des sans-grades et des déclassés.

Patrick Buisson a remarqué à juste titre que dans la France, pays de tradition chrétienne, le pouvoir ne s’acquiert pas par délégation mais par incarnation. Et, on ne le sait pas assez, la fonction présidentielle exige pour être pleinement incarnée trois dimensions que seuls de Gaulle et Mitterrand ont su réunir :

  1. Une fonction tribunitienne. Elle requiert comme dans la république romaine la longueur du temps (7 ans minimum) pour en imposer aux forces de l’argent et défendre les humbles de leur rapacité.
  2. Une fonction consulaire. Il s’agit en effet pour le chef de l’Etat avant son exaltation d’avoir parcouru tout le cursus honorum depuis l’édilité jusqu’au ministériat.
  3. Une fonction monarchique. Le président de la république doit se faire l’héritier des quinze siècles de l’histoire de France y compris célébrer les très riches heures de la chrétienté (Marie et Jeanne sont les deux saintes à qui la France a confié son destin), nonobstant la litanie laïciste.

Fillon possède le deuxième des requis et s’efforce de s’élever au troisième. Macron a pleinement conscience qu’il n’en possède aucun mais son ode à Jeanne, sa visite au vicomte de Villiers, son recueillement sur les tombeaux des rois de France à la basilique de Saint Denis le jour de sa déclaration de candidature, son étranglement de voix en fin de meeting, ses visites à New York et à Berlin montrent qu’il a pleinement conscience des lacunes qu’il doit combler. Marine le Pen n’a, à la vérité, aucune des trois dimensions et ne se doute même pas, si ce n’est de leur existence, du moins de l’ascèse qu’ils imposent. Elle ne fait illusion que parce qu’elle est la fifille de son papa (et l’on connait depuis le père Goriot tous les reniements que l’ambition mondaine induit).

Mélenchon a compris son erreur de 2012 lorsqu’à Marseille il appelait à une frontière ouverte. Il s’efforce  désormais d’être le porte-voix d’un peuple non plus abstrait mais français. Son ton plus apaisé l’aide à s’approcher du deuxième item puisqu’après tout il a été longtemps un sénateur de bon aloi, un secrétaire d’état discipliné et un franc-maçon de facture classique. Il connait mieux que ses concurrents l’histoire de France et ne peut donc ignorer le troisième point même si, à ce stade,  il ne peut l’empoigner ouvertement.

La colère des Français face à l’impéritie du personnel politique a déjà expulsé de l’avant-scène Sarkozy, Juppé et Hollande. Elle rend imprévisible le résultat de l’élection présidentielle. Dans ce contexte un concours de circonstances peut consacrer Mélenchon. Il s’y prépare en revêtant par le détour d’une communication moderne la défroque traditionnelle du président de la république.  

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