Poutine redevient donc officiellement le maître du Kremlin. L’interlude Medvedev se clôt, sans faux semblant, suivant une chorégraphie habituelle dans l’histoire russe. A la réserve près, que Medvedev ne quitte pas l’avant scène les pieds devant ! L’un des premiers à avoir eu l’idée de faire jouer à un pauvre homme le rôle de maitre de toutes les Russies, alors que dans la coulisse il tire toutes les ficelles, est Ivan IV le Terrible. En 1575, Ivan couronne lui-même un Tatar, Siméon Bekboulatovitch, tsar. Ivan ne se fait plus appeler qu’Ivan de Moscou et contrefait la servilité la plus vile à la cour. Il fait durer ce carnaval un an avant de congédier le Tatar et de recouvrer la couronne et tous ses titres.

L’un de ses lointains successeurs et l’un de ses plus grands admirateurs, Joseph Staline se contenta, avant la grande guerre patriotique, du modeste titre de secrétaire général du comité central du parti. Il laissait à d’autres les titres plus prestigieux, mais vidés de leurs substances, de président et de premier ministre. Staline poussa même le vice, au lendemain de la seconde guerre mondiale, jusqu’à envoyer une supplique, très officiellement, au Politburo pour obtenir un congé d’un an. Dans sa grande générosité et à titre exceptionnel le Politburo accéda à sa demande car « les peuples d’URSS avaient besoin que le camarade Staline recouvre toute sa santé pour les guider. Cette santé qu’il avait quelque peu compromise pour sauver la nation du péril nazi. ».

Les kremlinologues avaient fondé toutes leurs sciences durant les années soviétiques sur le décorticage méticuleux des photos des manifestations officielles pour déduire, de la place des dirigeants ou de l’ordre et de la durée des poignées de mains, l’importance réelle de chacun d’entre eux dans le régime. Medvedev et Poutine ont donc à leur tour jouer cette comédie des numéros, et comme de juste Poutine reprend officiellement le sien c’est-à-dire le premier !

Hervé BOCO
h.boco@l-estrade.fr

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Président de l'Estrade la Parole Forte