L’une des habitudes les plus ancrées dans la tradition politique française est de commander des rapports à des commissions ad hoc. Et de les enterrer au besoin tout aussitôt ! Coup sur coup le rapport Gallois sur la compétitivité des entreprises et le rapport Jospin sur la rénovation de la vie politique française ont égrené l’actualité. L’avenir nous renseignera assez de l’usage qu’en fera le gouvernement.

Le philosophe Alain notait que l’appel à des technocrates signait le renoncement des gouvernants à leurs responsabilités : décider.

Cependant, les experts présentent l’avantage d’apparaître comme apolitiques donc impartiaux. C’est donc qu’il y a une vérité qui leur serait possible d’approcher. Cette dernière phrase contient deux affirmations (l’existence d’une vérité, et la possibilité de l’approcher) ce qui constitue déjà un préjugé. Or, les experts travaillent sur une série de présupposés qui, à la source, constituent autant de pétitions de principes. Le politique veut donc, par l’appel à ces experts, revêtir du prestige de la science, les décisions qu’il compte prendre (car le politique reste maître des propositions qui feront lois).

Les commissions néanmoins sont utiles. Et leurs conclusions très importantes, la veille des élections, afin qu’elles participent au démocratique.

conseil_hollandeMalheureusement, c’est souvent au lendemain de l’élection que les rapports sont commandés. Les rapports Pébereau sur la dette publique en 2005, le rapport Arthuis en 2009 sur la compétitivité, entre autres étaient très instructifs. Cependant, les conclusions appelaient du courage. C’est cette qualité qui fait le véritable politique. Un grand homme étant la rencontre d’un grand caractère et de grandes circonstances.

L’heure est à l’urgence, il n’est plus temps de nommer des comités Théodule. Les constats sur l’économie française sont sans appel. Il faut donc que les mesures soient prises, sans considération de l’impopularité. La situation est telle qu’une politique dilatoire serait plus impopulaire encore.

Hervé BOCO
h.boco@l-estrade.fr

PARTAGER
Article précédentL’énergie
Article suivantLes prix littéraires
Président de l'Estrade la Parole Forte