D’après nos chers professeurs, l’histoire voit en son sein l’évolution des idées, des sociétés. Mais peut-on réellement employer ce terme ? L’évolution soumet l’idée d’un développement, tant au niveau politique, religieux, qu’au niveau des individus mêmes. Hegel, théoricien de la marche historique de la société, voyait un chemin parcouru par les hommes à travers l’Histoire, les emmenant vers une société où la liberté est reine. L’Etat en serait le bienfaiteur. Il y aurait ainsi une différence fondamentale de bien-être au cœur d’une nation sur une période d’un siècle ou d’un millénaire.

GuerredesGaulesCependant la société a-t-elle véritablement changé ? Prenons la Gaule avant sa soumission totale par Rome. César dans La Guerre des Gaules, nous dépeint les coutumes de ces barbares de gaulois (mais moins que les germains tout de même). Le christianisme n’était pas né, la Gaule n’était pas unifiée, l’Italie n’avait pas vu au pouvoir Silvio Berlusconi et les germains n’étaient pas encore totalement sédentaires. Pourtant, pourrait-on affirmer leur façon de penser et de vivre ensemble réellement différentes de celle actuelle ?

Du point de vue religieux, même si les gaulois étaient polythéistes rien ne différait réellement du système catholique actuel. Le Druide, comme figure de prêtre est le lien entre le divin et les hommes. Le Grand Druide est élu par les autres druides (on y voit la figure du pape). D’autre part lorsqu’une personne va à l’encontre des lois, elle est écartée des rites religieux. Celui-ci est alors considéré comme un marginal (l’excommunication n’est qu’une reprise de cette pratique). Mais les ressemblances sont encore plus frappantes avec les stratégies guerrières. César emploie des stratagèmes similaires à ceux de Napoléon -dix-huit siècles avant -. Que cela soit le combat en légions (corps d’armée), avec l’infanterie, l’artillerie ou la cavalerie. Seules les armes et le nombre de soldats diffèrent. Plus troublant encore : l’élection d’un magistrat suprême chaque année. Ce dernier gouverne et ne peut être réélu. Il est révocable si l’on considère sa politique comme contraire à la société. La royauté est interdite ou alors si un roi est nommé c’est uniquement sur un ensemble de peuplades pour un effet coercitif.

Néanmoins on ne peut écarter les nombreux actes de barbarisme tels les sacrifices humains (les malfaiteurs sont brûlés en guise d’offrande aux dieux), les pillages ou les massacres. Ce n’est pas pour parfaire l’orientation de l’article que l’on peut oser supposer ces manœuvres des pays actuellement développés, quelque peu oubliées. Cependant ne le sont-elles pas simplement parce que les religions monothéistes ont apporté la vertu ? À ne pas prendre comme gage de béatitude, mais plutôt pour montrer que ces changements dans le comportement des individus ne sont pas dus à la recherche de la liberté. Par exemple, les vacances et jours fériés n’ont pas été établis pour libérer l’élève de ses devoirs scolaires. Ils ont été un moyen mis en place par le clergé pour diminuer le nombre de querelles de domaines entre les seigneurs de l’époque médiévale.

VRAIE COULEURD’autre part l’analyse de César sur les germains montre que pour garder leurs libertés il ne fallait ni favoriser la sédentarité sur une terre agricole, ni le commerce, ni y avoir de hiérarchie soumise. L’Etat n’a pas alors de rôle de libérateur.

En fin de compte la société actuelle peut nous paraître relativement différente de celle pré-christique. Est-ce le laïcisme ? Pourtant nos lois découlent des traditions judéo-chrétiennes. Il semble plus vraisemblable que seul l’impact démographique explique la nécessité d’arborer une société moins barbare. Tel que l’a formulé John Stuart Mill : « La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres ».

Charles Auburtin
c.auburtin@toulouse-bs.org