La Réforme territoriale : désastre sans fin

La Réforme territoriale : désastre sans fin

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Dorénavant on peut vraiment dire : la réforme territoriale est passée du stade d’une réforme mal-conçue, mal-pensée, et mal-présentée au stade d’une blague de mauvais goût. Il y a quelques jours à peine que le comité spécial du sénat sur la réforme territoriale a décidé d’annuler l’unification de Midi-Pyrénées et du Languedoc-Roussillon. Un choix, complètement inspiré par les plaintes de plusieurs présidents de région et départements qui pourraient perdre leur poste chéri. Ce meurtre du bon sens, mérite bien une investigation.

Déjà que la nouvelle carte, dessinée entre un dîner avec Manuel et soirée avec Julie, a été conçue dans une optique de « diviser pour mieux régner » plutôt que l’optique girondine qu’on espérait pour cette réforme ; maintenant le sénat y rajoute un nouveau degré d’absurdité.

Certes, rendons à César ce qu’on lui doit, ils ont déjà compris qu’il ne fallait pas mettre l’Alsace ensemble avec la Lorraine et la Champagne – le sénat étant visiblement pas complétement imperméable aux bonnes idées – toutefois les « sages » sénateurs n’ont pas vu le surréalisme dans leur décision de laisser seul Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon.

Cette réforme, corrigez-moi si j’ai mal compris, est sensée donner de la vitalité à nos régions, tout en respectant l’identité culturelle du terroir. Pourquoi alors, dites-moi, veut-on mettre ensemble des territoires culturellement très divers, et refuse-t-on d’unifier des territoires très proches ? A moins que l’optique n’est pas vraiment de vouloir préserver les identités et les donner la possibilité de se développer… Pourquoi sinon refuserait-on l’union de Nantes avec la Bretagne ? Et, sensiblement, pourquoi refuser l’union de Toulouse avec son terroir héréditaire : le Languedoc ? N’était-elle pas la capitale de cette grande province qui allait de l’Armagnac jusqu’à Saint-Gilles sur le Gard ? N’était-elle pas le siège du parlement du Languedoc ?

Quand le 9 janvier 1970 sort le décret n° 70-18 qui fixe les régions métropolitaines comme on les connaît aujourd’hui, des absurdités sautent à l’œil : pourquoi Nantes est-elle dans les Pays de la Loire ? Pourquoi n’y a-t-il pas de région Gascogne, divisée entre l’Aquitaine, et Midi-Pyrénées ? Et pourquoi y a-t-il au nom de dieu tout court une région Midi-Pyrénées ? Une provocation directe, visant d’une part les Languedociens, habitants de cette région jusqu’à la Garonne et d’autre part les Gascons, qui occupent l’autre rive. On ne parle même pas de la région Rhône-Alpes, invention autant farfelue joignant la Dauphiné et le Lyonnais, et de la région Paca, qui est passée du magnifique nom de Provence, à un acronyme qui fait surtout penser à un animal péruvien produisant une très belle laine.

Bien, tout ceci étant derrière nous et, malheureusement, personne n’ayant inventé une machine à remonter le temps, il fallait s’y mettre. Mais, dès Balladur finalement on nous porte une parfaite possibilité de rectifier toutes ces erreurs, et de créer une France qui sait d’où elle vient, et qui n’oublie pas son histoire. Que nenni ! On nous enfume le cerveau avec des histoires de petits politiques mécontents, des sénateurs-député-maire-président de tel ou tel bled, qui ont peur de perdre leur poste ! Et les considérations politiciennes prennent de nouveau le devant sur les bonnes idées…

Dans le projet initial, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon se joignait dans une grande région Languedoc. Enfin ! Un souffle de soulagement parcours, porté par un vent d’Autan les rues de Toulouse et Montpellier. La réunification du Languedoc est à portée de main !

A Toulouse, grande métropole productrice de technologie de pointe, cette unification donne une sortie directe à la mer, tant importante dans les échanges commerciaux. Aux départements malheureusement appauvries de l’Aude, du Gard et du Roussillon, on donne la possibilité de se joindre à une région économiquement prospère, et de se hisser au-dessus du niveau où ils se trouvent à l’heure actuelle.

Du point de vue historique aussi, on revient à peu près à l’ancienne région Languedoc, ensemble largement plus cohérent que la situation actuelle. Même linguistiquement parlant, l’accent Languedocien, autant en Français qu’en Occitan, reprend possession de son terroir de naissance et pourrait se développer (possibilité heureuse en vue de l’appauvrissement de notre langue et de la situation agonisante de notre langue ancestrale).

Seuls malheureux exclus sont les Gascons et les Catalans du Nord, qui, eux, restent toujours dans une situation incertaine. Notamment en Roussillon on voit apparaître aujourd’hui des mouvements pour une région de Catalogne française.

Maintenant, pour des raisons encore inexpliquées, on abandonne cette unification. Pourquoi donc ? Probablement de nouveau, question de priorités politiciennes. Les présidents de la région Languedoc-Roussillon, tous les deux socialistes, n’ont-ils pas fait résonner leur mécontentement dans les médias ? Feu Christian Bourquin vociférait contre cette réforme déjà au tout début, et le nouveau président, Damien Alary ne fait pas mieux !

Autant dire que ceux qui risquent de perdre leur poste ne sont pas gagnés pour cette réforme, quelle surprise ! De la même manière les présidents des conseils départementaux sont contre la suppression des départements, attendions-nous vraiment quelque chose d’autre ?

La politique, et surtout le PS (le changement, c’est maintenant ?) reste donc verrouillée dans les petites combines que nous connaissons et « aimons » tant. Des vieux cancres… euh pardon, cadres de partis, règnent donc sur ce pays, et n’ont aucune intention d’apporter ce changement tant promis et dont nous avons tant besoin !

Regardons enfin nos voisins, non seulement ils ont su garder les identités régionales de leurs pays respectifs et leur donner un terroir pour se développer, mais ils ont également su doter ces régions de responsabilités adaptées au monde du 21ème siècle !

Sommes-nous vraiment tellement rouillés dans nos habitudes jacobines qu’on ne sait pas admettre notre tort ?

Pour toutes les raisons exposées ci-dessus, je plaide pour la réunification du Languedoc, parce que c’est notre région, notre identité et notre futur auquel jouent aujourd’hui les politiciens passéistes.

Timur Michelashvili

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