Le livre de Dudouet et Grémont « Les grands patrons en France » est très intéressant car il dresse le panorama du haut patronat français. Le livre retrace l’histoire économique et sociologique du capitalisme français qui est passé d’un statut étatique (dirigé depuis le ministère des finances) à une privatisation ouverte aux capitaux extérieurs. Il raconte comment les noyaux durs ont été introduits par Edouard Balladur pour compenser le problème de l’absence de liquidité sur le marché français.

D’autre part, il montre que les grands patrons sont issus des très grandes écoles (Polytechnique, Mines de Paris, l’ENA et dans une moindre mesure HEC). Et plus on est au cœur du système plus la règle d’appartenance au grand corps de l’Etat est obligatoire (par exemple, puisque le paradigme actuel du capitalisme est financier, les entreprises centrales sont AXA et BNP).

Ainsi, l’aristocratie d’état qui a organisé et supervisé les privatisations a pris soin de se placer à la tête de ses entreprises. Il faut que tout change pour que rien ne change !

C’est pourquoi, les grands patrons ne sont pas véritablement des entrepreneurs mais des hauts fonctionnaires repeints en capitaine d’industrie.

Reste le sujet tabou des rémunérations. Le système capitaliste considère que l’on doit être rémunéré à la hauteur des risques et des résultats qu’on obtient.

La corrélation dans le cas d’espèce est loin d’être évidente. La place de l’état dans l’économie est donc à interroger.  En Russie aussi l’état s’était dégagé des entreprises. Mais là encore, l’opération a permis à la Nomenklatura de demeurer au commande et en sus de laisser un solide matelas en héritage à ses enfants, sans être tributaire des aléas politiques. Cela s’appelle en économie un arbitrage : faire des bénéfices sans prendre de risques !